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Graffitis de Ahmed Al Barrak

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Graffitis de Ahmed Al Barrak
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Graffitis de Ahmed Al Barrak
  • Sur ce blog je publie des photos de mes travaux : peintures dessins et photographies. Je posterai quelques commentaires sur l'art en général , la peinture et la photo en particulier dans le but d'échanger des points de vue avec ceux qui le désirent.
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30 septembre 2017

REFLEXIONS A PROPOS DE L’ART CONTEMPORAIN

 

Si j’ai pris le parti de publier quelques petites réflexions à propos de l’Art Contemporain, c’est parce que ce courant tellement vaste et si controversé, qui soulève des polémiques souvent passionnantes autant que virulentes, est en général très mal connu du grand public.
Ces articles sans aucune prétention, ne se veulent être qu’une modeste contribution pour faire connaitre ce mouvement à ceux qui s’y intéressent et qui n’ont pas envie d’entamer de lourdes lectures, pour pouvoir l’aborder.
A travers des pensées et des écrits de théoriciens de l’art, de critiques, de philosophes, à l’aide de définitions, de descriptions et d’analyses d’œuvres contemporaines, j’ai essayé d’apporter des éléments de réflexions pour élargir la vision que l’on peut avoir au sujet de l’Art Contemporain.
Non pas dans le but d’être «  pour ou contre », mais uniquement pour que chacun puisse se forger sa propre opinion, sans idées préconçues, sans à priori et sans jugements définitifs, l’ Art Contemporain étant un vaste domaine sans cesse changeant, toujours en mouvement.
J’espère qu’à travers les commentaires nous pourront échanger nos expériences, connaissances et points de vue, entre  tous ceux que l’ Art Contemporain interpelle, qu’ils soient artistes ou pas, amateurs, professionnels ou simplement, des personnes curieuses du monde qui les entoure, dont l’Art fait partie intégrante et ne peut  de la sorte en être exclu.

 

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30 septembre 2017

ART CONTEMPORAIN

INTRODUCTION


Œuvres d’art contemporain dans les musées, dans les galeries, dans la rue, sur nos écrans, nous sommes aujourd’hui tous confrontés à cet art dans notre vie quotidienne.
Souvent critiquées, décriées, refusées, avec ou sans violence, les œuvres d’art contemporain ont du mal à faire l’unanimité quant à leur intérêt ou à la sincérité de leur auteur.
Pourquoi nous semble-t-il que les artistes contemporains sont plus enclins à innover en créant du « sale, de l’inesthétique, du rebutant, du gratuit, de l’absurde » ?

Sont-ils particulièrement en colère contre leur monde, éprouvent-ils tant de ressentiment à l’encontre de ce qui les entoure ?

Certains nous donnent l’impression de n’avoir pas  dépassé le stade obligé de l’enfance du « pipicacaboudincrotte ».
D’autres ont l’air de s’évertuer à choquer en glorifiant, exposant, étalant, racontant,  le plus grand des tabous universels : le sexe.

Sincérité créative ou supercherie, comment faire la part des choses ? Le public en a-t-il la possibilité, en a-t-il les moyens ?

Pour tenter d’apporter un semblant de réponse il est indispensable de tenter de définir d’abord l’art contemporain et de le situer dans le temps.

 

QU’EST-CE QUE L’ART CONTEMPORAIN ?  

Les définitions sont nombreuses et souvent contradictoires. Théoriciens de l’art,  critiques et  artistes, collectionneurs ou galeristes ont bien du mal à se mettre d’accord pour définir cet art qui de par sa richesse et sa variété ne peut être enfermé 

Commençons tout d’abord par définir le terme « contemporain » ?

Contemporain veut dire « qui est du temps présent » (Larousse).

L’art contemporain serait donc l’art qui se fait aujourd’hui. Mais comment délimiter le « aujourd’hui » ? Comment mettre une séparation objective ou rationnelle entre les époques ?

On peut dire que l’homme préhistorique faisait de l’art contemporain de son époque. Il en est ainsi pour les artistes des siècles suivants, chacun étant contemporain de son temps.
D’un autre côté, dans un besoin d’affinement de la recherche pour définir l’art contemporain, on constate que les ready-mades de Marcel Duchamp sont considérés comme Contemporains, alors qu’ils furent créés au début du XXème siècle.

 

VERS QUELLE DATE DONC PEUT-ON SITUER LES DEBUTS DE L’ART   CONTEMPORAIN ?

Il est difficile de trancher et de dater avec précision le courant d’Art Contemporain, certains affirment que cet Art a vu le jour avec l’avènement de l’Art Conceptuel, tout en englobant les mouvements des années 60 à nos jours.

D’autres considèrent que l’art contemporain s’impose à partir des années 80 avec l’introduction de nouvelles technologies.
 Dans ce cas,  dans quelle catégorie placerions-nous des mouvements comme le Land Art ou Fluxus qui n’entrent pas dans les paramètres de l’Art Moderne ni dans aucun autre courant d’ailleurs?

Selon Marc Jimenez[1] « est contemporain une œuvre qui n’appartient à aucun mouvement dans l’histoire de l’art moderne, et les œuvres antérieures aux années 60 ont très rarement leur place dans les lieux consacres à l’art contemporain. »

Les points de vue sont variés avec des arguments plus ou moins défendables mais  nombreux sont les théoriciens de l’art qui situent les débuts de l’art contemporain aux alentours de 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale.

Le rôle que joua l’Amérique au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans le domaine de l’art,  avec l’influence  d’artistes européens ayant fui les affres de la guerre et des dictatures,  fut prépondérant dans le tournant qu’allait connaitre  la création artistique.

Avec l'Expressionnisme abstrait de Jackson Pollock (Action painting) ou de  Mark Rothko (Color Field painting) l’art connu une orientation nouvelle basée sur la variété en parallèle entre l’Europe et les états –unis.

En Europe, un mouvement prend forme sous le nom d'Abstraction Lyrique avec Mathieu, Dubuffet, etc.

L'Art cinétique est représenté par Vasarely, par Calder et ses mobiles, etc.

Suivent l'art optique ou Op'art, avec d’autres courants de la même époque tels que, le Pop’art, le Land art, l'Art pauvre, l'Art conceptuel, le Minimalisme, le Happening, la Performance art, etc.



[1] Marc Jimenez . La querelle de l’art contemporain. Ed. Gallimard 2005.

 

Lorsque Catherine millet[2] pose à des conservateurs de musée la question : « Considérez-vous que tout l’art produit aujourd’hui est contemporain ?».

La réponse la plus fréquente est « Oui et non »

Oui si l’on prend contemporain dans un sens exclusivement chronologique, et surtout si l’on ne craint ni le pléonasme ni la tautologie : l’art d’aujourd’hui est par définition contemporain …d’aujourd’hui.
« Non » si l’on précise les conditions d’appartenance à la contemporanéité : travail très pointu, utilisation des nouvelles technologies, mélange des genres, des matériaux, exploration de nouvelles formes, expérimentation de nouveaux champs artistiques, etc.[3]

 Aujourd’hui, tout artiste, peintre, photographe, graveur, sculpteur, vidéaste, installateur etc. fait de l’Art Contemporain, à condition bien évidemment qu’il soit le témoin de son époque, ou même anticipe le futur, ce qui le porte toujours à innover et à être à l’écoute de son temps ou carrément en avance et donc à l’avant-garde.

Mais l’art contemporain à l’inverse de tous les mouvements passés,  ne se caractérise plus par un style défini,  mais par un éclectisme total.

Apparition des mouvements et courants, qui se qualifient d’avant-gardistes comme le pop art et le nouveau réalisme, puis des productions artistiques qui bousculent ou remettent en cause toutes productions et esthétiques traditionnelles tels que : art minimal, art conceptuel, art performance…

L’art se retrouve ainsi soumis à la loi de la nouveauté artistique en lui donnant une valeur avant-gardiste.

Quant à l’Art Contemporain il a poussé et poussent encore à l’extrême les pratiques déjà explorées par l’Art Moderne en s’éloignant des lois conventionnelles et académiques.

Contemporain véhicule aussi l’idée d’une pertinence particulière celle d’une démarche pragmatique, opportuniste par opposition à ce qui est habituel, traditionnel, dépassé.

Dans Art Contemporain on sous-entend aussi l’insolite, le jamais fait, le jamais vu.



[2] Catherine Millet est écrivaine et critique d'art français. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'art contemporain, et d'essais critiques consacrés aux artistes Yves Klein ou Salvador Dali.

[3] Marc Jimenez : La querelle de l’art contemporain. Edition Gallimard, 2005. Page 71

 

L’art contemporain est un vaste terrain d’expérimentation dans lequel des courants successifs s’affrontent, se réfutent, s’influencent ou se renient les uns les autres.
Depuis des années, il existe un débat qui revient, souvent, sur l’état dans lequel se trouve l’art en général et l’art contemporain en particulier.

Le scandale artistique fait partie intégrante du processus créatif puisqu’il témoigne bien souvent d’une rupture avec la norme précédente.

Les œuvres d’art contemporain ne se matérialisent plus sous une forme « traditionnelle » ce qui remet en cause totale des critères esthétiques

La notion du beau classique n’est plus la finalité de l’art, la notion de pérennité est écartée par l’éphémère.

 Pour l’Art Contemporain, la violation des règles traditionnelles peut même s’étendre aux lieux d’exposition : le land art par exemple, dans lequel les œuvres sont éphémères, exposées dans la nature généralement, seule une photo permettant de garder une trace de l’activité de l’artiste.

 

MATERIAUX DANS L’ART CONTEMPORAIN

Les matériaux, les médiums classiques comme : la peinture à l’huile, la sanguine, le bronze, le marbre, etc.), cèdent la place aux matériaux nouveaux hétéroclites, parfois objets de manufactures ou encore matières naturelles et périssables. De nombreuses œuvres questionnent la notion même de matériau. Tous les procédés sont permis afin de rendre la forme efficace.

L’art contemporain comprend aussi de nouvelles technologies, des recherches scientifiques, qui demandent un savoir-faire hautement spécialisé.

Souvent sont sollicités des techniciens de pointe ou carrément des scientifiques pour venir en aide à l’artiste.
Deux exemples flagrants des moyens astronomiques utilisés dans des créations artistiques :
  -En 1985, Koons réalise   "One Ball Total Equilibrium Tank", une installation composée d'un aquarium contenant un ballon de basket plongé dans une solution d'eau salée.

Pour réaliser ce travail, ou le ballon demeure parfaitement immobile au centre de l'aquarium, l'artiste a fait appel aux services de Richard P. Feynman, prix Nobel de physique.



 

 

En février 2016 Anish Kapoor achète le Vantablack, « le noir le plus noir » matière nouvelle faite de nanotubes de carbone agencés verticalement, serrés les uns contre les autres comme une « forêt ».
Le Vantablack a été mis au point en 2012 par Surrey Nanosystems, une entreprise britannique spécialisée dans les nanotechnologies
Ce matériau est le corps "gris" qui s'approche le plus d'un corps noir parfait parfaitement absorbant, car il a un coefficient d’absorption de 99,965 %
Le commissaire d’exposition Dominique Païni dira à ce sujet :
« A ce niveau, on croit que le monde vous appartient, alors pourquoi pas une couleur. C’est comme de penser que l’argent pourrait acheter des rayons de soleil californien. Au fond, il y a dans ce geste un désespoir mégalomaniaque. »

 

 

ARTISTE CONTEMPORAIN

L’artiste contemporain  se doit d’être  très au fait de l’histoire de l’art. Il doit avoir les moyens intellectuels pour  parcourir les siècles et les thèmes avec minutie dans sa réflexion sur le monde et la condition humaine.

Depuis la révolution industrielle, l’artiste affirme son indépendance face à l’académisme traditionnel, aux beaux-arts, à la notion du Beau académique.

L’artiste contemporain nous invite à détourner notre regard de l’œuvre exposée et nous invite à porter un regard nouveau sur le monde

L’artiste contemporain a subi une mutation. Il se transforme en chercheur, en penseur, il bouscule toute forme et toute convenance.

Il travaille  souvent avec les galeristes qui diffusent son œuvre.

Le galeriste, le collectionneur, en plus d’être des mécènes « visionnaires » ou des « créateurs d’artistes », encouragent et passent des commandes, prennent en charge la carrière et l’avenir de l’artiste.

Artistes et critiques d’art, disent que l’art est devenu contemporain parce qu’il se préoccupe de la vie actuelle et quotidienne de tous les jours. L’art sort du cadre esthétique institutionnel.

C’est ainsi que le marché de l’art occupe désormais une place déterminante dans le monde de l’art.

 

POURQUOI L’ART CONTEMPORAIN EST-IL GENERALEMENT SI MAL ACCUEILLI PAR LE PUBLIC QUI TRES SOUVENT A

L’IMPRESSION QUE L’ARTISTE SE MOQUE DU MONDE ?

L’art contemporain a besoin de la connaissance même rudimentaire d’un langage spécifique pour être appréhendé.

Il faut posséder au minimum des connaissances basiques de l’histoire de l’art.

Car pour la première fois l’art ne se caractérise plus par un style défini mais par un éclectisme total.

En présence d’une œuvre classique, romantique, baroque et même impressionniste, le public discerne les éléments qui composent la toile, personnages, architecture, objets, paysage et même s’il n’a aucun bagage artistique, il peut apprécier ne serait-ce que le côté figuratif et esthétique, qui lui parle.

Par contre les œuvres d’art contemporain ne se matérialisent plus sous une forme « traditionnelle » ce qui remet totalement en cause les critères esthétiques.

Souvenons-nous déjà que pour comprendre l’art moderne précédemment, il a fallu que le public en apprenne « l’alphabet » qui le compose pour pouvoir l’apprécier. Rappelons l’accueil fait au cubisme, par exemple.  Alors qu’un siècle plus tard une œuvre cubiste aujourd’hui est presque considérée comme « classique » par le public.

L’art contemporain n’a pas à se conformer à l’esthétique, il sollicite nos émotions certes, mais beaucoup plus notre intellect.

L’art contemporain est aussi un art militant, souvent, il revendique, critique et témoigne d’un engagement politique et économique, il reflète les crises de la société dans un discours. L’œuvre revendique et réclame l’imaginaire du spectateur.

L’émergence des arts de la performance et de l’installation ne s’inscrivent plus dans la pérennité, mais dans l’éphémère. L’art ne montre plus, l’art ne raconte plus, l’art agit, donne à voir, à ressentir, à expérimenter.

L’art contemporain est un art essentiellement conceptuel, c’est-à-dire que c’est l’idée qui prime aux dépens de l’objet. L’objet est détourné au profit de l’idée. L’influence de Duchamp est là, nous le voyons bien, incontestable.

Il n’est pas indispensable que le dispositif soit identifiable comme de l’art : ce qui est art c’est l’effet produit.

 

COMMENT UN PUBLIC NON AVERTI DOIT APPREHENDER UNE ŒUVRE D’ART CONTEMPORAIN

Nous ne dirons à ce propos que quelques mots et développerons le sujet dans l’article suivant « Art contemporain : la polémique » 

Pour apprécier une œuvre contemporaine, il est demandé plus d’effort, et d’implication de la part du spectateur. Il faut avoir en main les clés et les moyens indispensables pour analyser et décrypter les créations d’aujourd’hui, apprendre à regarder, à éduquer son regard.

La notion de compréhension serait une activité intellectuelle qui n’est pas indispensable pour l’appréciation d’une œuvre. L’œuvre nous demande de modifier notre regard, elle suscite en nous des questionnements.

 Devant une œuvre contemporaine un public non averti peut se sentir perdu et désemparé.
Pour le spectateur l’œuvre se métamorphose, simpliste au premier coup d’œil, complexe quand on tente de la cerner.

Le spectateur doit prendre le temps de regarder, de découvrir ce qui s’offre à lui, de se poser des questions et d’engager un dialogue avec l’œuvre.

Sachant qu’une œuvre d’art contemporain, ne s'adresse pas uniquement à l'œil et au cœur mais aussi à l’intellect, il faut prendre le temps de l'aborder.

 La liberté du regard est une conquête sur soi.

Le degré de réceptivité d'un spectateur ne dépend pas du jugement final obligatoirement favorable, mais plutôt de cette conquête qu’il a eu sur son regard pour le garder libre et "ouvert" dénué de tout à priori , de préjugés ou de suivisme.

Et pour conclure nous pouvons dire que le spectateur occupe dans l’œuvre une place centrale par son intervention active, par la mobilité de son corps ou par sa réflexion et ses questionnements.  L’art ne relève plus de la contemplation passive des œuvres.
« Je donne à celui qui la regarde autant d’importance qu’à celui qui l’a faite ». Marcel Duchamp.

 

BIBLIOGRAPHIE

DOMECQ, Jean-Philippe. Artistes sans art ? Paris : Esprit, 1994, préface de 1999.

JIMENEZ, Marc. La Querelle de l’art contemporain. Paris : Gallimard, 2005.

MICHAUD, Yves. La Crise de l’art contemporain. Utopie, démocratie et comédie. Paris : PUF, 5ème édition corrigée, août 1999.

MICHAUD, Yves. Critères esthétiques et jugement de goût. Nîmes : Jacqueline Chambon, 1999.

Yves Michaud : L’art a l’état gazeux. Ed. Pluriel, 2010. P 35.

Mikel Dufrenne, Esthétique et Philosophie, t. 1, Editions Klincksieck, 1980

Roland Barthes, Eléments de Sémiologie,

 

30 septembre 2017

ART CONTEMPORAIN : LA POLEMIQUE

 

        ART CONTEMPORAIN :  LA POLEMIQUE

 

 Actuellement l’art contemporain semble exister à travers un discours.  Ce dernier prime sur l’image, sur l’objet.  Généralement hermétique ce discours est  utilisé par ceux qui s’érigent en défenseurs de l’art contemporain, comme un moyen de terrorisme intellectuel contre ceux qui pensent différemment.

On assiste à des vernissages durant lesquels des commissaires d’exposition discourent pendant des heures, en utilisant un vocabulaire pédant, des tournures de phrase alambiquées et des métaphores improbables, pour expliquer et justifier une démarche à laquelle la plupart du temps l’artiste lui- même n’a jamais pensé.

Soyons clairs, cette crise de  l’art contemporain est amplifiée et aggravée par des discours et articles  qui essayent de justifier tout et n’importe quoi au nom de la liberté d’expression et de création.
  Les « élites » s’enthousiasment pour ses créations obscures, très souvent craignant de ne pas être à la page en émettant une réticence face à une œuvre contemporaine.

Les artistes incriminés, sont généralement aisés et aidés par des sponsors, pistonnés et encouragés par certains galeristes et certains marchands d’œuvres, incultes et sans scrupules, guidés par le profit matériel en perspective mais aussi par effet de mode provocatrice et de suivisme.

Ces encouragements poussent certains artistes à chercher à être plus inventifs, plus originaux que les autres, et puisque l’art contemporain permet, selon eux, toute liberté, ils tombent bien souvent dans « le n’importe quoi » délibérément ou inconsciemment.

Cette oligarchie bien-pensante, exclut une grande partie d’artistes rebelles, solitaires qui sont souvent plus intéressants parce que plus intègres, plus sincères et qui échappent à toute classification. Mais ceux- là personne ne s’en préoccupe car ils n’ont pas d’argent et pas de carnet d’adresse, donc pas susceptibles d’offrir aux « intermédiaires »  un bénéfice immédiat.

On conçoit que les artistes contemporains soient libres de travailler   sur ce qu’il y a de plus choquant : l’opportunisme, l’insolence, le cynisme, l’impertinence, l’audace, l’égoïsme, le culot, le déchet, l’abject, le dégoût ou encore le porno…
Mais est-ce possible de faire la différence entre un vrai artiste contemporain et un charlatan ? Le public en a-t-il les moyens ?
Cette crise à quoi est-elle due ?

Dans son traité « Le paradigme de l'art contemporain : Structures d'une révolution artistique »[1] la sociologue Nathalie Heinrich nous parle du triple jeu de l’art contemporain.
D'après la sociologue, trois « paradigmes » ont structuré l'art jusqu'aujourd'hui, le classique, le moderne et le contemporain.

Elle nous explique que beaucoup de malentendus, de disputes et d'incompréhensions proviendraient de cette confusion des paradigmes.

Par exemple, le rejet de l'art contemporain se baserait souvent sur les présupposés de l'art moderne, ce qui ne peut aboutir qu'à des contresens.
De même, les représentants de l'art contemporain font comme si on était encore dans l'art moderne, par exemple quand ils affirment la liberté des artistes face à l'incompréhension des conventions et des institutions, alors que ces dernières leur ouvrent maintenant largement les portes.

Les règles du jeu se définissent ainsi : il s’agit nous dit la sociologue d’un triple jeu qui se passe ainsi :

Transgressions des frontières de l’art par les artistes, réactions négatives du public, intégrations par les spécialistes et les musées.

Depuis les années 50, les limites de la notion d’œuvre d’art n’ont cessé de s’élargir, à la faveur d’un mouvement conflictuel en forme de surenchère, où s’affrontent des paradigmes artistiques inconciliables.

Frontières matérielles du musée, frontières mentales du consensus sur ce qui est ou n’est pas de l’art : c’est en les transgressant que les artistes les révèlent, méthodiquement, et contribuent à les déplacer.

Triple jeu qui fonctionne, selon l'auteur, comme « une partie de main chaude », puisque chaque nouvelle œuvre reconnue appelle une transgression par les suivantes, de nouvelles réactions, et ainsi de suite.
De là aussi l'hermétisme de cet art « hors limite » dont le sens demande à être explicité sans cesse puisqu'il ne repose sur aucun code commun de perception esthétique.

Après cette analyse, la sociologue s'autorise à tenter un diagnostic. Selon elle, on aurait l'omniprésence d'un paradoxe permissif « soyez transgressif », une injonction des institutions publiques adressée aux artistes de toujours chercher de nouvelles transgressions et surenchères. En attendant d'ailleurs d'être quasi dans le même mouvement « récupérées » par ces institutions-mêmes. Comme le « double bind »[2] bien connu en psychiatrie, cette injonction paradoxale rendrait littéralement les artistes fous. Ainsi sont-ils comme ces adolescents immatures qui provoquent et contestent, mais avec le secret espoir de rencontrer un obstacle qui leur résiste.

N. Heinich montre ainsi que l'on peut appliquer au champ de l'art contemporain un modèle inspiré de la sociologie des religions : les artistes sont les prophètes ; les critiques, les galeristes et les conservateurs de musées sont les prêtres, le public constituant les fidèles ou les mécréants.
 Ce système tend à fonctionner en vase clos, puisqu'il faut une

« Conversion du regard » pour y adhérer, ce qui confère notamment aux critiques un rôle essentiel. L'art contemporain n'existe pas sans son exégèse. (Interprétation d'un texte).[3]

Attitude à avoir face à une œuvre quelle qu’elle soit :

Quoi qu’il en soit il faut se méfier des idées préconçues face à une œuvre d'art.   Les à priori causent de nombreux dégâts dans l'élaboration d'un jugement sain. Sont dangereux les jugements de valeurs catégoriques et définitifs du style : c'est nul, c'est génial, c'est sans intérêt, n'importe qui peut faire ça ... ou au contraire « c’est magnifique » … « c’est très intéressant »…
Sachant qu’un travail d’Art Contemporain par essence a besoin de lignes directives données par l'artiste pour être appréhendé par le spectateur, ne s'adressant plus uniquement à l'œil, et au cœur mais à la tête, à l’âme, à la culture, il faut prendre le temps de l'aborder.

Il faut être maitre de soi, se contrôler et apprendre à accepter de voir, de comprendre, écouter et si après ça, aucun déclic ne se fait, on est en droit et libre de dire que ça ne nous touche pas, que le résultat de l'inspiration de l'artiste ne nous convainc pas ou que c’est une œuvre qui ne nous parle pas.
Ou encore que nous avons besoin d’éléments supplémentaires pour nous aider à cerner l’œuvre.
Ou carrément  que nous avons le profond sentiment que c’est du « n’importe quoi », du «  foutage de gueule » et que nous refusons de tomber dans le piège qui consiste à se pâmer de crainte d’être taxé de rétrograde, de conservateur ou d’ignorant.
 La liberté du regard est une conquête sur soi.

Le degré de réceptivité d'un spectateur ne dépend pas d’un jugement final obligatoirement favorable, mais plutôt de cette conquête que nous avons eu sur notre regard pour le garder "ouvert".

 

 

Bibliographie :

  1. Catherine Millet, L'art contemporain en France, Flammarion, 18 novembre 2015
  2. Dominique Château. Qu’est-ce que l’art ? Éditions Le Harmattan, Paris, octobre 2000.
  3. Jean Baudrillard, Le complot de l’art, décembre 2006
  4. Marc Jiménez, Qu’est-ce que l’esthétique (Gallimard-Folio essais, 1997).
  5. Marc JIMENEZ, La Querelle de l’art contemporain. Gallimard, Paris 2005
  6. Michaud Yves, la Crise de l’art contemporain. (PUF, coll. Intervention philosophique, 1997)
  7. MICHAUD, Yves, Critères esthétiques et jugement de goût. Ed. Jacqueline Chambon, 1999
  8. Nathalie Heinich, Pour en finir avec la querelle de l'art contemporain, Éd. L’Échoppe, 2001.
  9. Nathalie Heinrich, Le paradigme de l'art contemporain : Structures d'une révolution artistique. Ed. Gallimard 2014.

10.Nathalie Heinich. L’art contemporain exposé aux rejets, Editions Jacqueline Chambon. 1997.

 



[1] Nathalie Heinrich, Le paradigme de l'art contemporain : Structures d'une révolution artistique. Ed. Gallimard.

[2] Double Bind ou injonction paradoxale. Cela consiste à placer une personne entre deux obligations contradictoires. La double contrainte existe seulement dans une relation d’autorité qui ordonne un choix impossible et qui interdit tout commentaire sur l’absurdité de la situation.

[3]Nathalie Heinrich, Le paradigme de l'art contemporain : Structures d'une révolution artistique. Ed. Gallimard.

30 septembre 2017

EXEMPLES D’ARTISTES PROVOCATEURS

Déstabiliser le public, choquer, chercher l’originalité et l’inédit, bafouer la morale, la religion, dévoiler et mettre à nu les tabous, faire fi des interdits, transgresser le politiquement correct, voilà le jeu auquel se livre  les artistes  contemporains avec sincérité peut-être parfois, mais souvent aussi avec un opportunisme à toute épreuve.
Pas de censure en art, l’expression doit être libre, car la créativité ne peut se manifester que dans la liberté la plus totale. 
 Les artistes vont chercher à se faire remarquer en créant le buzz, le scandale, en remuant les sentiments et en provoquant des sensations pouvant aller de la colère au dégoût le plus profond. Le jeu de l’art contemporain consistant à faire ce qui n’a jamais été encore fait,  la surenchère ira  ainsi sans cesse grandissante.
Je vous propose de découvrir des artistes dont les œuvres provocatrices ont atteint des limites qui ont parfois engendré la fureur du public, pouvant aller du saccage de l’œuvre jusqu’à l’agression physique de l’artiste.

29 septembre 2017

TRACEY EMIN

TRACEY EMIN : MY BED


D’origine chypriote turque Né en 1963 à Londres au Royaume-Uni.

Les sujets traités : Erotisme. Le Moi/Identité. Mort. Sexualité. Des œuvres, qui sont des témoignages personnels avec pour thèmes le passé sexuel d’Emin, son manque d’instruction, son attirance pour la drogue.

Une grande variété de supports et de médiums sont utilisés dans ses œuvres très diverses : des tableaux brodés en tissu, des films vidéo, des travaux au néon et des grandes installations mais aussi des dessins intimistes, des monotypes et des peintures lumineuses.

Tracey Emin fait parler d’elle avec son exposition ‘Everyone I Have Ever Slept With 1963-1995’ : elle propose une tente bleue sur laquelle sont cousus les noms de toutes les personnes avec lesquelles elle a dormi, amants ou autres, de ses avortements, mais aussi de son viol, lorsqu’elle était mineure.

My Bed, œuvre est l’œuvre la plus célèbre de Tracey Emin, conçu en 1998, est une installation   pour le Turner Prize, où elle fait scandale.

Elle met en scène un lit défait, le sien, laissé dans l’état juste après la séparation de l’artiste avec son amant, qui figure un moment douloureux de son existence, une rupture sentimentale.

 

 

Les draps froissés sont souillés, le sol jonché de détritus divers, de serviettes, culottes, de mégots et des paquets de cigarette vides, une bouteille de vodka et une d’Orangina, des préservatifs usagés ou encore un test de grossesse.

 

Cette mise en scène abrupte de l’intimité la plus crue dans laquelle l'artiste a passé plusieurs jours dans un moment de dépression sur fond de rupture sentimentale, avait secoué à l’époque le petit monde de l’art contemporain.

My Bed, Tracey Emin, Tate Britain, 1998. 

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29 septembre 2017

ANDREA HASLER

« TENTE DE CHAIR FRAICHE »

Matriarch

 

Andrea Hasler est une artiste contemporaine née à Zurich, en Suisse en 1975.

Elle vit et travaille actuellement à Londres.

Ses travaux sont faits à la cire pour créer des objets qui semblent être fabriqués avec de la viande et qui se caractérisent par une tension, entre attraction et répulsion, comme cet amas de chair qu'elle modèle en forme de sacs de luxe, pour dénoncer la fièvre de la consommation à outrance.

 La " haute couture " revue par l'artiste Andrea Hasler

L’artiste est surtout connue pour sa  « tente de chair fraîche », baptisée Matriarch, certains l’appelle la tente zombie.

Une tente qui semble faite avec des intestins, des boyaux, sang et autres tissus humains.

Cette réalisation fait référence à une manifestation anti-nucléaire qui s'est déroulée en 1981, et qui a réuni 30 000 femmes dans un campement de fortune mis en place sur une base militaire américaine.

 

L’œuvre est loin d'être agréable à regarder puisqu'on a l'impression d'admirer un abri fabriqué avec de la peau et des entrailles.

 

 

 

29 septembre 2017

PIERO MANZON

       MERDA D'ARTISTA  

       MERDE D’ARTISTE

 

Piero Manzoni, son nom complet est Comte Meroni Manzoni di Chiosca e Poggiolo. Artiste italien précurseur de l’art.

Né en 1933 à Cremone. Il décède subitement en 1963 à Milan.

En 1956 et 1957, il publie deux manifestes pour une liberté artistique totale.

Ses manifestations provocatrices reprennent au mot la phrase de l’artiste Kurt Schwitters : tout ce que crache l’artiste est de l’art.

En 1960), au cours d’une performance, le public fut invité à manger des œufs marqués de l’empreinte du pouce de l’artiste.

Ou encore les Soufflse d'artiste que Manzoni recueillait dans des ballons de baudruche.

En 1961 Manzoni défèque dans des boîtes qu'il expose plus tard sous le titre Merda d'artista.

Il a réalisé 90 boîtes de Merde d’artiste avec une étiquette décrivant précisément son contenu, en quatre langues : italien, français, anglais, allemand.

Merde d’artiste, poids net 30 g, conservé au naturel, vendues au prix de 30 grammes d’or, aujourd’hui une boîte est estimée à 30 500 euros.

L’artiste, par cet acte veut exprimer, avec ironie, la violente critique de la production de masse et de l'industrialisation et pose en même temps la question de la valeur d’une œuvre d’art aujourd’hui.

L’artiste défèque, récupère ses excréments, les dépose dans des boîtes de conserves avec étiquettes, numérotées, signées, : 4,8 cm-Diamètre : 6,5 cm, avec un poids de trente grammes par boîte, puis il met les boîtes en vente, au prix de l’or, sur le marché de l’art.

Merda d'artista se trouve aujourd’hui répartie dans les grands musées, dont Beaubourg et chez des collectionneurs et certains galeristes.

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 Caroline Bongard, conservatrice du musée, a mis ses gants blancs pour ne pas abîmer l’œuvre de Manzoni.

 

 

 

 

 

29 septembre 2017

PAUL MCCARTHY

 

TREE

   

Paul McCarthy est né le 4 août 1945 à Salt Lake City, dans l'Utah.

Il vit et travaille à Los Angeles / Altadena, en Californie.

Influencé par de grands artistes qui l’inspireront par la suite, en particulier Robert Rauschenberg, Donald Judd ou Bruce Nauman. Il Il est aussi influencé par le Pop-Art. 

Paul McCarthy est un artiste qui passe facilement du dessin à la peinture, en incluant la photographie, la sculpture, l’installation, la vidéo et la « performance transgressive ». Il traite  des évènements psychosexuels visant à défier les conventions sociales, en abordant des sujets parfois tabous tels que la famille, l'enfance ou encore le corps et la sexualité, pour mettre à l’épreuve les limites émotionnelles de l’artiste et du spectateur.

Son œuvre est violente, outrageuse, obsessionnelle, provocatrice, mêle souvent des liquides, des fluides du corps, de la peinture.

A quoi sert l’art si ce n’est de troubler, de poser des questions, de révéler des failles dans la société ? »

L’artiste américain crée des sculptures gonflables de grande taille dont la forme ambiguë est souvent polysémique.

  En 2014, l'artiste, habitué des polémiques, enflamme Paris avec l'affaire « The Tree », nom de l'œuvre, sapin de Noël ou sex-toy géant de 24 mètres érigé place Vendôme à Paris, rappelant un jouet sexuel pour adultes.

Place Vendôme défigurée, Paris humiliée diront les détracteurs de l’art contemporain.

L’œuvre fut vandalisée et souleva une telle animosité qu’elle fut retirée par l’artiste pour éviter tout débordement.

L’œuvre est polémique, elle joue sur l’ambiguïté entre un arbre de Noël et un plug.

 L’artiste a regretté que son œuvre ait engendré de la violence à son égard et non une « réflexion profonde autour de l’existence même des objets comme mode d’expression à part entière ».

L'œuvre était exposée dans le cadre de la programmation « Hors les murs de la Foire internationale d'art contemporain » (Fiac).

 

 

 

28 septembre 2017

ANISH KAPOOR

 Dirty corner  

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Né à Bombay le 12 mars 1954, d’origine indienne par son père, juif par sa mère qui venait de Bagdad.

Anish Kapoor vit et travaille à Londres depuis 1972.

Il représente la Grande-Bretagne à la Biennale de Paris en 1985 et à Venise en 1990 où il remporte le prix Duemila. En 1991, il gagne le Turner Prize, prestigieuse récompense d’art contemporain. Il est élu membre de la Royal Academy en 1999 et est fait Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique par la Reine en 2003. Ses œuvres sont exposées dans les plus importants musées du monde (le MoMA de New York, les musées Guggenheim de New York et Bilbao)

Son œuvre monumentale, polémiquequi fut installée dans les jardins du Château de Versailles, le 9 juin 2015, est une sculpture en acier rouillé de 10 m de haut et qui pèse plusieurs milliers de tonnes. Entourée de blocs de pierre, de tas de terre, de blocs peints en rouge, elle  présente une connotation sexuelle évidente et assumée par l’artiste.  

"Un objet masculin ou féminin. Avec un vaste orifice intérieur, comme une oreille ou un vagin (…) Un long tuyau qui pourrait être masculin, un phallus/vagin."[1]

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 Rebaptisée par les médias « le Vagin de la reine », allusion faite à Marie Antoinette, la sculpture a subi plusieurs dégradations volontaires, elle fut recouverte d'inscriptions à la peinture blanche.

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Kapoor décida de ne pas faire nettoyer les graffitis afin d’offrir au public un témoignage de l’intolérance.

La justice française a estimé que cela fera le jeu des extrémistes. L’artiste a donc choisi de recouvrir de feuille d’or les parties vandalisées de sa sculpture et créer ainsi une nouvelle peau tout en conservant l’ancienn

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[1] Julia Kristeva

 

25 septembre 2017

SETE SOIS SETE LUAS Exposition Geste et lumière à Ponte de Sor au Portugal

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Geste et Lumière 

Lors de ses dernières expositions, l’artiste Ahmed Al Barrak nous a habitués à nous plonger à travers ses toiles   dans la mémoire de la ville de Tanger (« Traces »)  dans   sa culture millénaire , sa lumière et sa réalité citadine («  Graffitis »), aujourd’hui il nous revient avec un ensemble d’œuvres  faites expressément  pour l’exposition Sete Sois Sete luas de Ponte de  Sor , au Portugal.
Le Portugal, pays voisin qui partage avec le Maroc une histoire particulièrement  riche,  dont la mémoire  est soigneusement entretenue à travers vestiges et architectures dans plusieurs villes du royaume sur la côte méditerranéenne et atlantique.

Ahmed Al Barrak présente aujourd’hui une vingtaine de toiles sur le thème « Geste et lumière » travaillées avec énergie, fougue et passion, presqu’en continu, comme travaille tout artiste lorsque le tourbillon de l’inspiration l’enchaine, l’emporte et le transporte.

Inspiration née du geste et  du mouvement, née de la lumière et  donc par là même, de la couleur.

Déclinaisons de bleus intenses, ou    fonds plus sombres   virant parfois au mauve, le travail de l’artiste semble toujours en quête de transparences  dont la maitrise fait émaner une luminosité spéciale, celle de l’atmosphère méditerranéenne.
Des petites taches de couleurs chaudes distribuées avec parcimonie viennent réchauffer tous ces bleus comme le feraient des taches de soleil filtrant, quand l’ombre devient nécessaire.
 Dans le sillage de grands gestes générateurs de lignes courbes ouvertes ou fermées, semblent apparaitre tour à tour, visages d’enfants curieux, têtes hirsutes aux  yeux dilatés sur le monde, clin  d’œil complice sorti d’on ne sait où, fenêtres ouvertes sur  l’immensité du bleu, personnages oniriques remontant du  fond des  mers…

Interrogé sur son travail, l’artiste  nous dit :   «  Quand je peins je ne me pose aucune question, je suis guidé par mon instinct, mon goût, ma culture, mon état d’âme du moment les couleurs posées en appellent d’autres, je couvre, je gratte, je trace des lignes en de larges mouvements de brosses ou de couteaux, je les laisse se répondre et appeler d’autres lignes s’il le faut. J’ouvre, je ferme, j’enserre, je libère, ça c’est mon rôle de peintre.
Lorsque ma toile est achevée et offerte au regard du public, ce dernier est libre de l’interpréter à sa manière et d’en ressentir ou non les émotions qu’elle dégage  et  les vibrations qu’elle peut émettre. »
Ahmed Al Barrak  profondément imprégné par  la culture et  la lumière du Détroit nous fait rêver à travers ses toiles, en jouant avec la couleur,  le geste la lumière.

 Hafida Aouchar

 

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