
En février 2016 Anish Kapoor achète le Vantablack, « le noir le plus noir » matière nouvelle faite de nanotubes de carbone agencés verticalement, serrés les uns contre les autres comme une « forêt ».
Le Vantablack a été mis au point en 2012 par Surrey Nanosystems, une entreprise britannique spécialisée dans les nanotechnologies
Ce matériau est le corps "gris" qui s'approche le plus d'un corps noir parfait parfaitement absorbant, car il a un coefficient d’absorption de 99,965 %
Le commissaire d’exposition Dominique Païni dira à ce sujet :
« A ce niveau, on croit que le monde vous appartient, alors pourquoi pas une couleur. C’est comme de penser que l’argent pourrait acheter des rayons de soleil californien. Au fond, il y a dans ce geste un désespoir mégalomaniaque. »

ARTISTE CONTEMPORAIN
L’artiste contemporain se doit d’être très au fait de l’histoire de l’art. Il doit avoir les moyens intellectuels pour parcourir les siècles et les thèmes avec minutie dans sa réflexion sur le monde et la condition humaine.
Depuis la révolution industrielle, l’artiste affirme son indépendance face à l’académisme traditionnel, aux beaux-arts, à la notion du Beau académique.
L’artiste contemporain nous invite à détourner notre regard de l’œuvre exposée et nous invite à porter un regard nouveau sur le monde
L’artiste contemporain a subi une mutation. Il se transforme en chercheur, en penseur, il bouscule toute forme et toute convenance.
Il travaille souvent avec les galeristes qui diffusent son œuvre.
Le galeriste, le collectionneur, en plus d’être des mécènes « visionnaires » ou des « créateurs d’artistes », encouragent et passent des commandes, prennent en charge la carrière et l’avenir de l’artiste.
Artistes et critiques d’art, disent que l’art est devenu contemporain parce qu’il se préoccupe de la vie actuelle et quotidienne de tous les jours. L’art sort du cadre esthétique institutionnel.
C’est ainsi que le marché de l’art occupe désormais une place déterminante dans le monde de l’art.
POURQUOI L’ART CONTEMPORAIN EST-IL GENERALEMENT SI MAL ACCUEILLI PAR LE PUBLIC QUI TRES SOUVENT A
L’IMPRESSION QUE L’ARTISTE SE MOQUE DU MONDE ?
L’art contemporain a besoin de la connaissance même rudimentaire d’un langage spécifique pour être appréhendé.
Il faut posséder au minimum des connaissances basiques de l’histoire de l’art.
Car pour la première fois l’art ne se caractérise plus par un style défini mais par un éclectisme total.
En présence d’une œuvre classique, romantique, baroque et même impressionniste, le public discerne les éléments qui composent la toile, personnages, architecture, objets, paysage et même s’il n’a aucun bagage artistique, il peut apprécier ne serait-ce que le côté figuratif et esthétique, qui lui parle.
Par contre les œuvres d’art contemporain ne se matérialisent plus sous une forme « traditionnelle » ce qui remet totalement en cause les critères esthétiques.
Souvenons-nous déjà que pour comprendre l’art moderne précédemment, il a fallu que le public en apprenne « l’alphabet » qui le compose pour pouvoir l’apprécier. Rappelons l’accueil fait au cubisme, par exemple. Alors qu’un siècle plus tard une œuvre cubiste aujourd’hui est presque considérée comme « classique » par le public.
L’art contemporain n’a pas à se conformer à l’esthétique, il sollicite nos émotions certes, mais beaucoup plus notre intellect.
L’art contemporain est aussi un art militant, souvent, il revendique, critique et témoigne d’un engagement politique et économique, il reflète les crises de la société dans un discours. L’œuvre revendique et réclame l’imaginaire du spectateur.
L’émergence des arts de la performance et de l’installation ne s’inscrivent plus dans la pérennité, mais dans l’éphémère. L’art ne montre plus, l’art ne raconte plus, l’art agit, donne à voir, à ressentir, à expérimenter.
L’art contemporain est un art essentiellement conceptuel, c’est-à-dire que c’est l’idée qui prime aux dépens de l’objet. L’objet est détourné au profit de l’idée. L’influence de Duchamp est là, nous le voyons bien, incontestable.
Il n’est pas indispensable que le dispositif soit identifiable comme de l’art : ce qui est art c’est l’effet produit.
COMMENT UN PUBLIC NON AVERTI DOIT APPREHENDER UNE ŒUVRE D’ART CONTEMPORAIN
Nous ne dirons à ce propos que quelques mots et développerons le sujet dans l’article suivant « Art contemporain : la polémique »
Pour apprécier une œuvre contemporaine, il est demandé plus d’effort, et d’implication de la part du spectateur. Il faut avoir en main les clés et les moyens indispensables pour analyser et décrypter les créations d’aujourd’hui, apprendre à regarder, à éduquer son regard.
La notion de compréhension serait une activité intellectuelle qui n’est pas indispensable pour l’appréciation d’une œuvre. L’œuvre nous demande de modifier notre regard, elle suscite en nous des questionnements.
Devant une œuvre contemporaine un public non averti peut se sentir perdu et désemparé.
Pour le spectateur l’œuvre se métamorphose, simpliste au premier coup d’œil, complexe quand on tente de la cerner.
Le spectateur doit prendre le temps de regarder, de découvrir ce qui s’offre à lui, de se poser des questions et d’engager un dialogue avec l’œuvre.
Sachant qu’une œuvre d’art contemporain, ne s'adresse pas uniquement à l'œil et au cœur mais aussi à l’intellect, il faut prendre le temps de l'aborder.
La liberté du regard est une conquête sur soi.
Le degré de réceptivité d'un spectateur ne dépend pas du jugement final obligatoirement favorable, mais plutôt de cette conquête qu’il a eu sur son regard pour le garder libre et "ouvert" dénué de tout à priori , de préjugés ou de suivisme.
Et pour conclure nous pouvons dire que le spectateur occupe dans l’œuvre une place centrale par son intervention active, par la mobilité de son corps ou par sa réflexion et ses questionnements. L’art ne relève plus de la contemplation passive des œuvres.
« Je donne à celui qui la regarde autant d’importance qu’à celui qui l’a faite ». Marcel Duchamp.
BIBLIOGRAPHIE
DOMECQ, Jean-Philippe. Artistes sans art ? Paris : Esprit, 1994, préface de 1999.
JIMENEZ, Marc. La Querelle de l’art contemporain. Paris : Gallimard, 2005.
MICHAUD, Yves. La Crise de l’art contemporain. Utopie, démocratie et comédie. Paris : PUF, 5ème édition corrigée, août 1999.
MICHAUD, Yves. Critères esthétiques et jugement de goût. Nîmes : Jacqueline Chambon, 1999.
Yves Michaud : L’art a l’état gazeux. Ed. Pluriel, 2010. P 35.
Mikel Dufrenne, Esthétique et Philosophie, t. 1, Editions Klincksieck, 1980
Roland Barthes, Eléments de Sémiologie,